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A propos d'...
Environnement
Impossible de partir six mois en Mongolie, même si c'est a priori
pour étudier le vautour moine, sans collecter d'autres données.
D'ailleurs, cela collait assez bien à mes vues : aborder le pays
sous différentes approches, scientifique, sensorielle, émotionnelle,
humaine, puis rassembler ces parcelles de vision dans l'unité à
laquelle elles appartiennent. Résumé d'une expédition.
Début 1999. Le Centre bioaccoustique alpin (CEBA), situé
près de Grenoble, me prête un petit magnétophone D.A.T.,
un micro et une parabole. Je me mets en route mi-avril avec ce matériel
inconnu et des notions primitives en chant d'oiseaux. Le terrain commence
en mai. A cette époque le printemps se rue en tornades poussiéreuses
sur le pays. Je pars avec un ami mongol, Narantsogt. J'ignore sa langue
et il ignore la mienne. Très stimulant pour apprendre, un peu éprouvant
pour se comprendre. Il conduit notre side-car tout au long de ce premier
périple dans les aïmag (provinces) de l'ouest : Khovd, Uvs
(pron. " ouvs ") et Bayan-Ölghii.
La parabole étant en plastique déformable, je ne devais
pas la laisser dans sa housse plus de 24h afin de lui préserver
sa forme et ses qualités. Je la sortais donc tous les soirs, et
lorsque nous passions la nuit dans la gher (yourte), elle suscitait toujours
quelques questions. Cela donnait à Narantsogt l'occasion d'expliquer
à quoi servait le matériel, de parler des oiseaux et de
questionner un peu les éleveurs sur leur cheptel et sur la chasse.
De mon côté, je leur montrais dans mon guide d'identification
chaque oiseau que nous avions vu dans le pays. Tous adoraient ce moment,
chaque tranche d'âge avec sa curiosité, souvent absorbés
par les dessins et la multitude de formes et de couleurs, voyageant sur
nos mots dans les contrées que nous avions traversées. Il
est vrai que toute rencontre dans ce pays se formule par les questions
"d'où venez-vous?" et "où allez-vous?"
Les ambiances les plus riches s'entendent à l'aube, qui se lève
vers 5h ou, l'été, vers 4h du matin, et en fin de journée,
quand la chaleur tombe. J'avais bien un réveil, mais son bip-bip
strident en pleine steppe, ça n'allait pas du tout
Alors,
quand nous dormions dans un aïl (campement), je demandais souvent
à la maîtresse de maison de me réveiller en même
temps qu'elle. À la campagne, les femmes enfilent leur deel (vêtement
traditionnel) parfois avant même le lever du jour pour allumer le
feu, préparer le premier thé au lait salé et, dès
le mois de juin, battre l'aïrag, le lait de jument fermenté.
Je pars le plus souvent pour 2 ou 3 heures, soit la durée d'autonomie
que me laissent mes batteries. (Il me faudra d'ailleurs améliorer
cette question d'alimentation, peut-être en branchant un transformateur
sur une batterie de jeep ou de moto, ou en me dotant d'un plus gros chargeur
solaire. À voir.) L'été surtout, dès que le
soleil envoie sa lumière crue, les sauterelles crissent à
vous rendre dingue, on n'entend plus qu'elles. J'appuie alors sur STOP.
POWER OFF.
Je renvoie mes deux premières cassettes au CEBA, qui me donne quelques
conseils pour améliorer la qualité de mes prises. Je terminerai
ce voyage avec une petite douzaine d'heures de rushes sonores. Ils donneront
finalement naissance à un CD d'ambiances naturelles qui, en huit
plages, ouvre sur des paysages lacustres, steppiques et montagneux de
la Mongolie (voir références infra p. **). Le plus fascinant,
lors de la prise de son, a été de me rendre compte que nous
disposions de ce sens auditif au spectre immense et d'une extraordinaire
finesse de perception qui attendait seulement d'être éveillé.
En ville, rien ne l'éduque, il est noyé sous une masse de
fréquences sourdes et stridentes. N'écouter qu'un oiseau
ouvre déjà le canal. Peu à peu, je me suis aperçue
que je reconnaissais tel chant, tandis que tel autre, près du rocher
ou sortant des roseaux, m'était encore inconnu. L'approche sonore
de ce monde fut palpitante.
En plus d'enregistrer les voix de la nature, je n'ai pu résister
à la capture des voix humaines et des atmosphères urbaines.
Au préalable, j'avais toujours besoin d'établir un contact
avec les gens avant de leur demander s'ils voulaient bien chanter pour
moi. J'ai ainsi récolté les poèmes marmonnés
d'un enfant timide, les voix d'adolescents, les discours de familles,
un morceau de guitare chez des Kazakhs, une ambiance de rue autour du
marché d'Arvaïkheer, une autre pendant les fêtes du
naadam, les hauts-parleurs, les hommes jouant au billard, la multitude
d'enfant s'ébattant dans une cour... Un autre CD, sur les ambiances
humaines cette fois-ci, est en cours d'élaboration.
La voix dévoile l'âme, n'est-ce pas, et de plus comme me
le rappelait ma professeur de chant, le chant est une offrande. Alors,
imaginez quel beau voyage j'ai fait là ! 
Passionnée par les oiseaux, Anne Kenedi a
monté et réalisé cette expédition, soutenue
par quelques sponsors (les Banques populaires, Décathlon, un magasin
d'ornithologie belge, Sights of Nature) et ses amis de l'association Transvert.
Ceux qui voudraient en savoir plus sur son expédition et sur ses
enregistrements d'ambiances mongoles peuvent lui écrire à
l'adresse suivante : Face au 52 quai le Gallo, 92100 Boulogne.

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