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Cinéma

Anda 24 - Janvier 1997

Festival du film mongol à Paris : une histoire du cinéma mongol

Paris a eu l'honneur d'accueillir un panorama historique de la production cinématographique mongole. Grâce à la précieuse collaboration de Christopher Giercke, et à l'initiative de Gérard Vaugeois et des Films de l'Atalante, déjà à l'origine de projections de films de Russie ou d'Europe de l'Est, les amoureux de la Mongolie vivant en France ont pu apprécier onze films mongols tournés entre 1938 et 1994.

Le plus ancien, celui de 1938, est un court métrage en noir et blanc dû à T. Natsagdorj, "Le Chemin de Norjma" (Nordjmaaghiin dzam). Il donne à voir la confrontation entre médecines lamaïque et occidentale. L'il de l'époque confère à ce film une teinte particulière célébrant les bienfaits de la technique et les progrès apportés par les Soviétiques.

Le deuxième court-métrage, de T. Zandraa, est lui aussi en noir et blanc. Tourné en 1954, le "Nouvel An" (Chine djil) raconte les festivités organisées par un groupe d'amis pour marquer le début de la mise en application d'un nouveau plan quinquennal. La rencontre de deux univers, celui des mères traditionnelles et celui des enfants soviétisés, y est dépeinte sur le mode du quiproquo et sur le thème du mariage urbain et donne lieu à des scènes comiques.

Le troisième film, "Le Réveil" (Serelt), tourné en 1957 et réalisé par S. Guenden, raconte comment la médecine occidentale a fait petit à petit son entrée en Mongolie grâce aux initiatives des médecins russes. Le personnage du lama apparaît comme un être vil et machiavélique.

"Le Garçon de la capitale" (Niislel khüü), film en noir et blanc tourné en 1968 par B. Jamsran, décrit sur un ton humoristique les péripéties d'un citadin envoyé par ses responsables de planification dans le désert de Gobi afin d'y élever des chameaux. Là, il tombe amoureux de la fille du campement où il a été envoyé, mère d'un enfant dont le père est inconnu.

Ce festival a permis de faire connaître au public parisien le chef-d'uvre de R. Dorjpalam, réalisé en 1970, "Le Tamir limpide" (Tungalag Tamir). Ce film qui dépeint la vie d'un éleveur emporté dans la tourmente des événements des années vingt, met l'accent sur les disparités sociales de l'époque sans pour autant ébaucher l'image des sauveurs. Il est vrai que seule la première partie a été projetée lors de ce festival ! La seconde partie de cette fresque foisonnante tirée du très célèbre roman de Tch. Doloïdamba, raconte l'accession au pouvoir du nouveau gouvernement populaire. Espérons que les spectateurs parisiens auront bientôt l'occasion de voir ce film dans son intégralité.

"Les Cinq Couleurs de l'arc-en-ciel"(Solonghiin tavan öngö), réalisé en 1979 par B. Nagnaidorj, retrace la vie du peintre Charav, comment il fut amené à peindre pour le Bogd Ghegheen, et comment son plus célèbre tableau, "Les Trois Jours de Mongolie", entraîna sa disgrâce. Ce film marque l'arrivée de la couleur dans le cinéma mongol. Lorsque le héros découvre le chemin du parti communiste, l'écran s'épanouit en couleurs, alors que son séjour auprès du Bogd Ghegheen était filmé en noir et blanc.

"L'Aigle fier : le lutteur" (Garid magnaï), réalisé en 1983 par J. Buntar, relate l'histoire du lutteur Dalaïtseren. L'idéal de la lutte, si présent dans la culture mongole, y est assez justement restitué, ainsi que la dimension populaire et identitaire des Trois jeux virils, leurs enjeux politiques et sociaux.

"L'Ombre" (Süüder), de D. Baljinnyam, tourné en 1986, décrit les conséquences dramatiques de la guerre qui transforma de nombreuses existences en autant de tragédies. Articulé autour d'un scénario somme toute banal (l'amour d'un homme pour la femme d'un camarade de régiment décédé), ce film par ses paysages et ses dialogues peint le renversement des valeurs dans la société mongole d'après-guerre.

"Selon la volonté du ciel" (Tengheriin sakhil), réalisé en 1991 par C. Jumdan, évoque des relations incestueuses au sein d'enfants séparés depuis leur petite enfance. Le cinéma mongol de ces années-là se définit par des scenarii sinistres à l'atmosphère lourde et au thème basé sur des relations sociales dénaturées. Les relations entre parents ou entre membres d'une même famille semblent particulièrement représentées dans ce courant. Au coeur du débat, n'y aurait-il pas la destructuration des structures familiales et le changement des modèles de référence ?

"Les Liens du sang" (Khüin kholboo), tourné en 1992 par J. Binder, met en scène l'histoire insolite de deux femmes dont les campements sont proches et qui partagent le même mari. Soulignant les conceptions traditionnelles des liens particuliers unissant une mère à son enfant biologique, ce film évoque les difficultés posées par l'adoption et les relations entre femmes et entre mères.

"Aldas", le film le plus récent présenté lors de ce festival, a été tourné en 1994 par C. Jumdan. A travers la rencontre des traditions mongoles et de la modernité occidentale, l'auteur aborde les problèmes soulevés par l'émergence de nouveaux riches. La narration de la vie d'un jeune boxeur qui finit en prison livre une image du désuvrement de la jeunesse actuelle.

Ces films à l'affiche pendant plusieurs semaines ont attiré chaque jour davantage de spectateurs au cinéma L'Epée de Bois, rue Mouffetard. Elément intéressant du festival, une projection du vendredi a été présentée par deux des réalisateurs venus de Mongolie.

Compte rendu de Gaëlle Lacaze