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A propos d' ...EconomieAnda 33-34 - Avril-Juillet 1999 Le 9 juin 1999, M. Jacques-Olivier MANENT, ambassadeur de France en Mongolie, est intervenu à l'invitation de la Commission Asie du Parti socialiste sur le thème suivant : "La Mongolie : dix ans de transition". Avec l'aimable autorisation de M. Manent, nous reprenons ici, sous forme résumée, une partie de ses propos, principalement sur l'économie mongole. Après un rappel historique des étapes de la transition depuis 1989, M. Manent a présenté la situation économique de la Mongolie et la place qu'elle se donne sur le plan international, ainsi que les grandes tendances à retenir. Immense et peu peuplée, la Mongolie est un pays enclavé, ce qui lui a valu d'être sous la tutelle de ses voisins, les Chinois pendant 300 ans et les Soviétiques pendant 70 ans. Le retrait massif de ces derniers, après la chute du mur de Berlin, et de l'assistance logistique qui allait de pair avec la présence militaire, a entraîné une baisse du PNB de l'ordre de 6 % par an. La Mongolie a alors connu les rationnements, mais aussi une époque de solidarité fortement modifiée par l'évolution récente. 20 % de la population vit actuellement sous le seuil de la pauvreté (8 USD au taux de change actuel du tougrik), et beaucoup de Mongols sont repartis à la campagne, d'où une baisse du taux d'alphabétisation constatée ces dernières années. Les salaires et les pensions ont perdu 80 % de leur pouvoir d'achat. Le programme de libéralisation de l'économie et de privatisations massives a créé une "vérité des prix" qui a été très mal ressentie. Confrontée à la crise sociale et à ses propres divisions internes, la majorité actuelle a été mise en difficulté par l'opposition, son gouvernement censuré. L'assassinat du ministre des infrastructures, S. Dzorig, est aussi révélateur de problèmes de corruption croissants. Ce n'est finalement qu'en décembre 1998 que M. D. Narantsatsralt, alors maire d'Oulan-Bator, a été nommé au poste de premier ministre. La Mongolie est le pays qui bénéficie de la plus forte aide par habitant (250 millions de USD au total depuis 1995). Beaucoup de programmes financés n'ont malheureusement pas abouti. La baisse récente des engagements a été compensée par le report en faveur de la Mongolie de l'aide prévue pour l'Inde et le Pakistan. La prochaine réunion des pays donateurs, dont la France fait partie, se tiendra à Oulan-Bator fin juin. Les commandes de matières premières, dont les cours ont chuté de 50 % en un an, ont également touché la Mongolie de plein fouet. L'or, troisième revenu de la Mongolie, est aussi en légère dépression depuis deux ans. Jusqu'en 1990, la Mongolie était gelée par l'U.R.S.S. L'exploitation du cuivre et de l'uranium au nord du pays, à la frontière russe, se voulait un "glacis" pour les chars soviétiques. Le développement des gisements miniers se heurte actuellement aux problèmes de transport que connaît le pays, seuls 250 km de routes étant asphaltés. Le bilan de 1998 est très en retrait de ce qui avait été prévu : la croissance est de l'ordre de 3,5 %, la balance commerciale enregistre un déficit de 155,6 millions de USD (source : Banque de Mongolie), le budget n'a pu être bouclé qu'au prix de réductions drastiques de certains programmes. Avec néanmoins un point positif, un taux d'évolution des prix à la consommation de 6 % en décembre 1998 par rapport à décembre 1997. À noter que la dégradation de la monnaie locale est relativement faible, puisqu'elle est passée, en deux ans, de 800 à 1000 tougriks pour un dollar US. En ce qui concerne les relations internationales de la Mongolie, M. Manent a souligné l'extrême symétrie dans la relation bilatérale Mongolie-Chine et Mongolie-Russie, et le souci d'une diversification vers le Japon, la Corée du Sud, les Etats-Unis et l'Europe. Le dernier protocole français d'aide à la Mongolie a été signé par Madame Lepage, ministre de l'Environnement, lors de sa visite officielle en mars 1997. En l'absence d'instruments d'aide à la Mongolie, la COFACE n'étant par ailleurs pas ouverte au risque Mongolie, M. Manent encourage non sans humour les entrepreneurs français : "Répondez aux appels d'offres de la Banque mondiale et de la Banque asiatique de développement, et essayez d'être bons !" Une douzaine d'entreprises françaises sont présentes en Mongolie : Alcatel, Cogema, Schlumberger, CGG, Vicarb, Spot-Image, Degrémont, Air-Liquide Santé et plusieurs sociétés de négoce (KIB, Hexagonal, Andaman Trading, Pierre Cardin) et de tourisme (Terre d'aventures, Nomades, Le Point). Sur le plan des échanges culturels, M. Manent a mentionné
la très intéressante mission archéologique française
en Mongolie et les danses du tsam à Nancy. Il a également
cité le Café de France à Oulan-Bator. Dix années après le début de la transition, la Mongolie reste un exemple de modèle de transition démocratique réussie. A la charnière de l'Asie et de l'Europe, constate M. Manent, la Mongolie se cherche une voie plus vers l'Europe que vers l'Asie. Il faut d'ailleurs rappeler que l'actuel gouvernement comprend deux ministres parfaitement francophones, Madame Tuyaa, ministre des Relations Extérieures, et Monsieur Battör, ministre de l'Education et de la Culture. |