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Histoire

   Anda 20 - Janvier 1996

" La tête de Dja Lama "

Dany Savelli, qui a déjà contribué à ANDA 18 en rédigeant une présentation détaillée de la biographie consacrée par L. Iouzéfovitch à Ungern-Sternberg (1), nous fait ici le compte rendu d'un entretien qu'elle a eu avec Inessa Lomakina, historienne russe, auteur d'un ouvrage récemment paru sur un autre personnage mystérieux qui joua un rôle important durant la période d'autonomie de la Mongolie (1911-1919) : Luvsan Dambidjantsan, plus connu sous le nom de Dja Lama (2).

Ce dernier contrôlait, de fait sinon de droit, le district de Khovd (3), dans l'ouest de la Mongolie. Il s'opposait, d'une part, aux Chinois, qui refusaient de reconnaître l'indépendance de la Mongolie-Extérieure proclamée à la chute de la dynastie mandchoue (1911) et, d'autre part, aux Mongols partisans d'une alliance avec la Russie, tels que le huitième Djebtsündamba Khutugtu, ou Bogd Ghegheen, le chef de l'Eglise bouddhique, empreint de la plus prestigieuse autorité aux yeux des Mongols.

"On aurait bien tort de penser, comme on le fait souvent à notre époque, qu'il suffise qu'un homme naisse parmi les nomades, loin, disons, de la civilisation, pour que l'on ne sache jamais rien de lui."

Inessa Lomakina, "La tête de Dja Lama"

De toutes les personnes rencontrées par Ferdinand Ossendowski et évoquées dans son livre Dieux, hommes et bêtes (4), Dja Lama, connu aussi sous le nom de Luvsan Dambidjantsan, risque fort d'apparaître comme la figure la plus mystérieuse. Aussi le lecteur impatient d'en savoir plus sur l'homme qui, en 1912, mit fin à deux cent vingt ans de domination chinoise sur la Mongolie et désireux d'être diverti par un récit fabuleux sur cet homme doué de pouvoirs hypnotiques semblables à ceux atteints par certains yogis, ce lecteur ne pourra que se féliciter de la publication de la première biographie jamais consacrée à Dja Lama.

Car, dans son ouvrage, Inessa Lomakina s'est donné les moyens, par un travail scrupuleux dans les archives, d'aller au-delà de la légende, de restituer la dimension humaine du personnage, tout en reconnaissant que bien des données élémentaires, comme par exemple les dates de sa naissance et de sa mort ou encore le lieu de sa naissance, ne peuvent être élucidées. D'autre part, le livre nous place d'emblée dans un climat fantastique et terrifiant puisqu'il s'ouvre sur l'évocation de ce que l'on pourrait appeler la trace la plus concrète jamais laissée par Dja Lama, à savoir sa tête momifiée, conservée sans que l'on sache trop pourquoi au Musée ethnographique de Saint-Pétersbourg.

Enfin, et ce n'est pas le moindre des intérêts de l'ouvrage, l'auteur de "La tête de Dja Lama" suggère l'idée qu'une malédiction pèserait sur ceux qui ont approché Dja Lama ou qui se sont intéressés à lui de près et en profite pour évoquer le sort tragique de certaines figures éminentes de l'école orientaliste russe durant la période stalinienne (5).

Pour rendre compte de cet ouvrage consacré à un personnage aussi énigmatique et sulfureux que le fameux baron Ungern-Sternberg dont d'ailleurs il croisa le chemin, nous avons interviewé Inessa Lomakina chez elle à Saint-Pétersbourg. La conversation, à la façon du livre, a tout suite porté sur la présence dans cette ville même de la tête de Dja Lama.

- Inessa Lomakina, comment en êtes-vous venue à vous intéresser à Dja Lama ?

- Durant mon séjour de 1961 à 1968 en Mongolie, je me suis prise d'intérêt pour ce pays, je lui ai consacré plusieurs ouvrages et nombre d'articles. A mon retour en Russie, je ne songeais plus à écrire sur la Mongolie, je m'intéressais exclusivement à l'histoire de Saint-Pétersbourg lorsqu'en 1989, je reçus une lettre du maire d'Oulan-Bator me demandant de participer à la commémoration du soixante-dixième anniversaire de la création de la République de Mongolie qui devait avoir lieu en 1991. Je me suis donc à nouveau intéressée à ce pays. Or, deux figures essentielles de l'histoire mongole du XXe siècle me fascinaient particulièrement, à savoir le baron Ungern-Sternberg et Dja Lama (6). A toutes fins utiles, je me suis adressée à Peter Sadetski, dissident tchèque émigré en Allemagne de l'Ouest, passionné par la Mongolie, pour lui demander une bibliographie des dernières publications sur Ungern-Sternberg. A partir de ce moment, Peter Sadetski m'a littéralement bombardée de lettres me suppliant de faire tout mon possible pour photographier la pièce n°3394 du Musée ethnographique de Saint-Pétersbourg (7) . catalo-guée sous la légende "tête de Mongol". Elle n'avait jamais été exposée ni photographiée mais l'on savait qu'il s'agissait de la tête de Dja Lama. Il faut expliquer que Peter Sadetski préparait un film sur la révolution mongole et que, je l'appris plus tard, il se savait gravement malade : le temps lui était compté.

J'ai alors tout essayé auprès de la conservatrice du fameux musée. J'ai expliqué que, pour grimer l'acteur du film, la photographie de cette tête était nécessaire. Peter Sadetski proposait même d'échanger la selle en argent de Dja Lama qu'il disait avoir en sa possession pour obtenir le droit de faire une expertise de la tête en question... Rien n'y a fait. Je n'ai pas obtenu l'autorisation. Mais l'époque aidant, Peter Sadetski est parvenu à ses fins par un autre biais, je pense en payant le prix fort, et en 1990, une photographe allemande s'est rendue tout spécialement à Saint-Pétersbourg pour prendre des photographies. Or, la conservatrice qui avait pu comprendre combien j'étais moi-même intéressée par Dja Lama a eu la gentillesse de m'inviter à la séance de photos le 11 mai 1990. Un vrai cauchemar en vérité !

- Pouvez-vous raconter cette séance de photographies ?

- D'abord on a apporté une tête, de toute évidence celle d'un Mongol, mais j'ai aussitôt pu reconnaître que ce n'était pas la bonne! Soit dit en passant, j'ai alors compris que l'on possédait sûrement beaucoup d'autres têtes intéressantes dans ce musée Ensuite, on a apporté la tête de Dja Lama, rouge, les dents pointant en avant, avec à la place des yeux deux trous béants. La photographe a pris cette tête dans ses mains, l'a mesurée, l'a photographiée sous toutes les coutures, mettant à l'arrière-plan un journal pour attester de la date de la prise de vue. De toute façon, on a dû tout recommencer plus tard car Peter Sadetski s'est montré insatisfait des premiers clichés.

Or, si ces deux séances plus que morbides m'intéressaient peu en elles-mêmes, pour tout dire elles me révulsaient, je n'ai pas eu à regretter d'être venue dans les réserves de la Kunstkamera, car j'y ai pu lire un document essentiel certifiant que l'orientaliste Vladimir Kazakiévitch était bien l'homme qui avait rapporté cette tête. Il s'agissait de l'autorisation que l'ambassade d'URSS lui avait accordée pour rapporter en train à Saint-Pétersbourg un coffre sans être inspecté par la douane. C'est ce coffre qui contenait la tête de Dja Lama assassiné par des agents communistes dans sa forteresse de Gobi fin 1922 ou au tout début de 1923. Cette tête avait été momifiée suivant une tradition ancienne utilisée pour conserver les dépouilles sacrées : elle avait été d'abord fumée puis salée. Ainsi avait-on pu la promener au bout d'une pique dans toute la Mongolie pour convaincre tous et toutes que Dja Lama, l'invincible et légendaire Dja Lama, était bel et bien mort.

- En s'emparant de cette lugubre relique et en la ramenant jusqu'à Saint-Pétersbourg, à quelles motivations obéissait Kazakiévitch ?

- Vladimir Kazakiévitch était un orientaliste de très haut niveau connaissant aussi bien le mandchou que le mongol et le bouriate. On peut penser que, pour lui, cette tête présentait un intérêt scientifique. Bien entendu, j'ai cherché à en savoir plus. Au moment où les archives du KGB se sont entrouvertes, j'ai réussi à me faire inviter pour prendre connaissance du dossier Kazakiévitch, qui était conservé là puisque Kazakiévitch avait été exécuté en 1937 par la police politique de l'époque.

- Qu'entendez-vous exactement par "prendre connaissance" ?

Je veux dire que l'on m'a invitée à me présenter à trois heures de l'après-midi au siège du KGB de Saint-Pétersbourg et que, de trois heures à six heures, j'ai eu en main le dossier Kazakiévitch avec, me faisant face, un employé de la maison qui ne m'a pas laissée une minute seule. A six heures, l'heure de fermeture, il fallait rendre le dossier. Cependant en trois heures de temps, j'ai pu apprendre beaucoup. Si je n'ai pas élucidé les raisons de l'envoi de la tête à Saint-Pétersbourg, j'ai pu cependant comprendre que Kazakiévitch s'était très sérieusement intéressé à Dja Lama, qu'il avait rassemblé un nombre important de documents à son sujet. J'ai pu apprendre les circonstances de son arrestation, lire son procès. Comme nombre de ceux qui avaient approché Dja Lama, tels Agvan Dordjiev (8), et quoique lui-même n'ait jamais rencontré Dja Lama de son vivant, il fut accusé d'être un espion uvrant en faveur du mouvement panmongol prétendument fomenté par Tsiben Djamtsarano (9), qui aurait été lui-même un agent secret au service des Japonais.

-Avez-vous eu accès à d'autres archives du KGB ?

Après avoir "pris connaissance" des archives Kazakiévitch, j'ai justement cherché à avoir accès à celles de Djamtsarano. Mais, entre temps, les archives du KGB s'étaient refermées.

- Venons-en, si vous le permettez, à Dja Lama lui-même. En vous livrant à une enquête minutieuse sur sa vie, que cherchiez-vous à faire ?

J'ai avant tout voulu faire un travail d'historienne, j'ai souhaité reconstituer une époque, cerner la personnalité d'un homme. Il est incontestable que Dja Lama possédait des pouvoirs hors du commun, mais, à l'heure actuelle, je ne crois pas que cela puisse stupéfier grand monde. De toute façon, je ne souhaitais pas suivre une démarche comme celle d'un Ossendowski toujours en quête de sensationnel. Soit dit en passant, il faudrait se demander qui était vraiment Ossendowski, pour qui il travaillait, de quel côté il était. A bien des égards, il apparaît comme une figure très sombre, un homme sans principes. Pour ma part, je me suis servie de son livre comme d'un témoignage, je me suis intéressée aux faits concrets, comme par exemple sa description de Dja Lama en homme pauvrement vêtu que l'apparence ne distinguait en rien d'un simple Mongol.

Enfin, en écrivant ce livre, j'ai souhaité protester contre le fait qu'on ait cherché à effacer le nom de Dja Lama de l'histoire mongole. Ainsi, si vous prenez le livre de l'historien mongol B. Chirendeb, "La Mongolie au tournant des XIXe et XXe siècles" (10), paru en 1963 à Oulan-Bator, son nom n'apparaît que deux fois. Or, c'est bien Dja Lama qui, en 1912, s'empara de Kobdo [Khovd] et mit fin à la domination chinoise en Mongolie.

- Comment expliquer son arrestation par des soldats russes en février 1914 ?

Les Russes voyaient d'un mauvais il l'apparition de ce héros national. Ainsi, et ce pour la première fois dans l'histoire des relations russo-mongoles, un Mongol, Dja Lama, exigeait que les cosaques installés en Mongolie paient une taxe sur le transport du fourrage.

Les Russes se présentèrent donc en défenseurs des princes mongols soi-disant exacerbés par la cruauté de Dja Lama, qui, il faut bien le dire, faisait grand bruit, et procédèrent à son arrestation (11). Pour ce faire, ils prétendirent, sans aucune preuve à l'appui, que Dja Lama était un Kalmouk d'Astrakhan et qu'il relevait à part entière de l'autorité du tsar. Cette arrestation se fit sans qu'aucune autorité mongole n'émît de protes-tation ; on avait bien trop peur de nuire aux relations avec la Russie.

- Où Dja Lama fut-il exilé ?

D'abord à Tomsk, puis en Iakoutie où les conditions de vie, à cause du froid, étaient épouvantables. Ensuite, et ce sûrement sur l'intervention d'Agvan Dordjiev lui-même, il fut envoyé à Astrakhan. De là, à la faveur de la guerre civile, il réussit à s'enfuir ; malgré le chaos ambiant, les autorités russes firent tout leur possible pour l'arrêter à nouveau.

- Mais que pouvait-il espérer en retournant en Mongolie ?

D'abord, retrouver ce qu'on lui avait confisqué : ses terres et surtout ses titres. En 1912, le Bogd Ghegheen en personne l'avait gratifié du titre de Nomun khan (12). Mais, à son retour, la guerre civile russe avait déjà atteint la Mongolie et Dja Lama se trouvait confronté au choix suivant : soit se mettre au service des armées blanches, soit rejoindre les rouges : autrement dit, soit accepter les propo-sitions d'Ungern-Sternberg, soit celles des agents du Komintern.

Or, il convient de rappeler ici combien Dja Lama avait souffert durant son exil en Russie. Ses lettres d'alors révèlent un homme épuisé et humilié par la pauvreté à laquelle on l'avait réduit. Enfin, durant son exil à Astrakhan, il avait eu le temps de faire connaissance avec le régime bolchevique et de comprendre de quoi il retournait. Ainsi peut-on expliquer son refus de choisir entre les Blancs et les Rouges.

A bien des égards, le destin de Dja Lama apparaît comme éminemment tragique, car au tout début des années vingt force est de constater qu'il n'y a plus de place pour lui dans son pays. Et le choix qu'il fait alors de se retirer dans le désert de Gobi en est sûrement le meilleur symbole.

- Quelle vie mena-t-il en plein désert ?

Il se fit construire une forteresse et organisa l'attaque des caravanes qui avaient le malheur de passer par là, mais lui-même en tant que lama ne prenait pas part au pillage. Il eut tôt fait de s'enrichir, comme en 1921, quand ses hommes attaquèrent la caravane envoyée par le Dalaï Lama pour récupérer une partie des nombreuses offrandes qu'il avait reçues en 1904 lors de son exil en Mongolie, entreposées au monastère de Yun-beïs.

Iouri Roerich (13) rapporte que Dja Lama vivait entouré de nombreux prisonniers : des fonction-naires et des marchands tibétains et chinois, des pèlerins mongols, des lamas, des pasteurs etc., tous devenus ses esclaves et qui encouraient les pires tortures s'ils tentaient de s'échapper. Rappelons qu'en 1927, l'expédition Roerich passa tout près de cette forteresse et que, lorsque Nikolaï Roerich donna l'ordre à ses convoyeurs de s'y rendre, eux, d'habitude si disciplinés et obéissants, refusèrent tout net, tant ce lieu abandonné restait pour eux, cinq ans après la mort de Dja Lama, un lieu maudit. Seuls Iouri Roerich et le médecin de l'expédition osèrent pénétrer dans la forteresse, munis d'appareils photos mais aussi... de carabines. Quant à Nikolaï Roerich, il fit un tableau de la forteresse (14).

- Pourquoi les communistes au pouvoir décidèrent-ils de tendre un guet-apens à Dja Lama et de l'assassiner ?

Parce que, même retiré dans son désert, Dja Lama restait une personnalité gênante, imprévisible, trop populaire et qui, comme telle, pouvait à tout moment se révéler dangereuse. Suivant la version officielle, Dja Lama n'était rien moins que le chef de la contre-révolution mongole.

C'est Harti Kamoukov qui avait participé à la guerre civile en Kalmoukie soviétique et combattu les armées d'Ungern-Sternberg, qui dirigea le complot. Peter Sadetski trouvait étrange que Dja Lama n'en ait rien su et avançait l'hypothèse que ce n'était pas lui qui avait été exécuté mais son sosie. Pour ma part, je ne crois pas à une telle version.

- Comment perçoit-on ce personnage aujourd'hui en Mongolie ?

Il me semble qu'actuellement la Mongolie traverse une période semblable à ce que nous connaissons ici en Russie, à savoir qu'on assiste avec la fin du communisme au développement d'un fort courant nationaliste. Et, à mon avis, Dja Lama, en tant que Kalmouk, restera un étranger en Mongolie. Enfin nombreux sont ceux, notamment parmi les lamas, qui ont été victimes de la répression pour l'avoir approché. Son nom ne peut qu'évoquer de mauvais souvenirs.

- Si vous deviez définir en quelques mots Dja Lama, que diriez-vous de lui ?

(Après un long silence). Oui, c'était un aventurier, un aventurier qui est venu à point nommé, un aventurier kalmouk qui s'est proclamé la réincarnation d'Amoursana, ce prince du XVIIIe siècle (15), farouche adversaire des Chinois, symbole de la lutte pour l'indépendance de la Mongolie et dont on attendait toujours le retour.

Dja Lama me paraît être une figure caractéristique de l'Asie centrale et du tantrisme. Dans sa cruauté, je ne vois rien d'exceptionnel. Il est bien connu que les chefs mongols mangeaient le cur encore palpitant de leurs ennemis pour acquérir des forces, que les tambours mongols étaient faits avec de la peau humaine (16).

- N'a-t-il pas été pénible de travailler sur un tel personnage ?

Si, cela l'a été... enfin pas tant que cela. Je me suis toujours référée aux archives, aux témoignages. J'ai caché ma propre relation à Dja Lama, ce terrible vengeur comme il aimait à se présenter lui-même, derrière les sources que je cite...

par Dany Savelli


Notes

1. ["R. von Ungern Sternberg : enfin une biographie ! ", ANDA 18, pp. 8-13. Rappelons que Dany Savelli , slavisante, s'est tout particulièrement intéressée à l'asiatisme dans la pensée russe du XIXe siècle. N.D.E.]

2. Golova Da-Lamijj ("La tête de Dja Lama"), OulaOudé/Saint-Pétersbourg, Ecoart Agency, 1995. 222 p. L'ouvrage propose en annexe un ensemble de treize lettres inédites de Dja Lama écrites entre 1912 et 1918, un glossaire des principaux termes mongols auxquels l'auteur a eu recours et plusieurs photographies en noir et blanc, dont une de la fameuse tête

3. [A la suite de l'anéantissement de l'empire djoungar en 1755-1757, les Mandchous avaient établi une administration spéciale pour les affaires Dörbed à Khovd (Kobdo), où vivaient beaucoup de Mongols occidentaux. N.D.E.]

4. Ferdinand Ossendowski, Bêtes, hommes et dieux, Paris, Plon-Nourrit, 1924. Rééditions Paris, "J'ai lu", 1969 et Phébus, 1994.

5. Cette malédiction, si l'on en admet l'idée, n'aurait pas pesé que sur les seuls orientalistes. Inessa Lomakina rappelle la mort d'Ossendowski survenue en 1945 au lendemain de la visite d'un officier de la Wehrmacht, un certain baron Ungern-Sternberg descendant de Roman von Ungern-Sternberg lui-même. Ossendowski se serait plaint de maux d'estomac avant de passer l'arme à gauche... Faut-il lier cette mort soudaine au fameux trésor d'Ungern, à la rencontre avec Dja Lama ou plus simplement à une maladie quelconque ?

6. Signalons au passage que cet intérêt pour la Mongolie est sûrement profondément ancré en I. Lomakina, puisque, outre son ouvrage sur Dja Lama, pour lequel nous l'avons interviewée, cette spécialiste de la Mongolie s'apprête à faire paraître un ouvrage sur l'exil du treizième Dalaï Lama à Ourga en 1904 ainsi que le journal de D. Perchine, témoin essentiel de l'épopée mongole d'Ungern-Sternberg.

7. Le Musée ethnographique de Saint-Pétersbourg, appelé aussi Kunstkamera, se trouve être le premier musée russe ; il fut créé par Pierre le Grand et se trouve situé sur l'île Basile aux bords de la Neva. On peut y voir exposées encore aujourd'hui toutes sortes de ftus difformes qui témoignent des intérêts pour le moins curieux de son célèbre fondateur.

8. Avgan Dordjiev (1853-1938), Bouriate, envoyé à Saint-Pétersbourg en 1898 et à nouveau en 1900 par le Dalaï Lama dans l'espoir d'intéresser le tsar à la cause tibétaine. Il est à l'origine de la construction en 1913 du monastère bouddhiste de Saint-Pétersbourg. [cf. ANDA 12, p. 17-18]. A son sujet, on lira avec intérêt le livre que lui consacre John Snelling, Buddhism in Russia. The story of Agvan Dorzhiev, Lhassa's emissary to the Tsar, Londres, Elements Books, 1993.

9. Tsiben Djamtsarano, Bouriate né en 1880 qui joua un rôle majeur dans le développement de la culture en Mongolie. Il fut exécuté en 1938.

10. Mongolija na rubee XIX-XX vekovv (en russe

11. Dans son ouvrage, Inessa Lomakina publie le récit jusqu'alors inédit de l'arrestation de Dja Lama, qu'a laissé le capitaine Boulatov.

12. "Prince de la religion".

13. Iouri Roerich (1902-1960) participa à l'expédition organisée en 1927 par son père, le célèbre peintre Nikolaï Roerich (1874-1947) à travers la Mongolie et le Tibet. Dans son livre intitulé Po tropam sredinnoj Azii ("Sur les chemins de l'Asie centrale"), qui vient de reparaître à Samara (éditions Agni, 1994) accompagné de reproductions d'uvres de Nikolaï Roerich, un chapitre entier est consacré à Dja Lama. Notons qu'à l'époque, Iouri Roerich était incapable de dire où avait bien pu disparaître la tête momifiée de Dja Lama.

14. "La forteresse de Dja Lama" se trouve aujourd'hui aux Etats-Unis dans une collection privée.

15. [Dernier prétendant au trône djoungar, Amursana entama de 1755 à 1757, une lutte épique contre les Mandchous - à qui il venait de se soumettre et avait fait appel pour renverser le prince djoungar en titre. D'origine kalmouke, Dja Lama,appartient lui aussi aux tribus mongoles occidentales dont les relations avec les Mongols centraux et orientaux furent, tout au long de leur histoire, très tendues. Dja Lama s'était déjà illustré dans la lutte anti-mandchoue dans les dernières années du XIXe siècle. N.D.E.]

16. [Ce genre de réputation ne serait-elle pas le produit de la cruauté avérée de Dja Lama envers ses prisonniers, en particulier en 1912, lors du siège de Khovd ? Tout cela évoque davantage en effet les visions terrifiantes du bouddhisme tantrique que les traditions guerrières des Mongols N.D.E.]

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