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A propos de ...La Mongolie d'autrefois
Voyage du Baron de Batz en Mongolie (1899) : 3e partie(Texte choisi et présenté par J.T.) Après avoir décrit la route qui traverse le pays des Bouriates (voir ANDA n° 23, octobre 1996, p. 10-13) et rassemblé quelques observations sur les murs des Khalkhas (voir ANDA n° 24, janvier 1997, p. 12-15), le baron de Batz retrace son itinéraire "de Kiakhta à Ourga par le massif du Khenteï" (chap. III). C'est à Ourga, où il arrive le 28 août 1899, que nous reprenons le fil de son récit (chap. IV, p. 510-516) :
Ourga, c'est le nom que l'on trouve sur les cartes ; c'est le nom dont les Russes désignent la capitale spirituelle des Mongols et qu'ils ont tiré du mot Orgo "palais, résidence d'un grand personnage" ; c'est un nom presque inconnu des Mongols, sauf peut-être de ceux qui sont en contact fréquent avec les Sibériens. Da-Kouren, "la grande ville", Bogdo-Kouren, "la ville sainte", ou, mieux, "le grand monastère, le saint monastère" sont les noms que les Mongols appliquent à la ville, ville par excellence - où réside leur grand-prêtre, inférieur seulement, dit-on, dans la hiérarchie lamaïste, au Grand Lama du Thibet et à l'abbé du monastère de Taché-Lumpo - et vers laquelle, de tous les points du plateau mongol, convergent les routes et les sentiers des caravanes qui amènent au Bouddha réincarné, au Sauveur fait chair, au Dieu vivant, les pèlerins innombrables et leurs offrandes. » Suit un long développement sur le bouddhisme et le lamaïsme, que l'auteur déclare emprunter à "l'ouvrage de M. L.-A. Waddell, The Buddhism of Tibet or Lamaïsm", paru à Londres en 1895. Puis il conclut : De nos jours le lamaïsme ne règne pas seulement sur le Thibet
et ses 4 millions d'habitants. Il est aussi la religion de la presque
totalité de la Mongolie, où il compte 2 500 000 adhérents,
sur une population de 3 millions (le reste est adonné au chamanisme).
Le chef du lamaïsme mongol, qui réside à Ourga, porte
divers noms : on l'appelle généralement Khoutoukhta ;
il est considéré comme la personnification ou Khoubilgan
de Maïdari, le Bouddha qui doit venir. On l'appelle aussi Guéguène
Khoutoukhta et Tchebtzoun Damba. Le premier Khoutoukhta fut
installé au XVIIe siècle, l'actuel est le huitième
Khoubilgan. »
Dans le chapitre suivant, le baron de Batz révèle des traits peu connus de la jeunesse du "huitième Khoubilgan" - celui qui jouera un rôle si important dans la révolution mongole de 1921 et dont la mort, en 1924, préludera à l'instauration de la République. Et ses propos s'achèvent sur une sorte de prophétie assez étonnante : [...] Quand j'étais à Ourga, il n'était bruit que des frasques de cet homme de vingt-huit ans. Il adore les fusils, les montres, les horloges, les boîtes à musique, et constamment frappe d'un nouvel impôt ses fidèles pour satisfaire quelque caprice. Les Mongols, crédules et faibles, vendent leur troupeau, leur bétail, et serrent leur ceinture. Sa dernière lubie avait été celle de l'éléphant ; un cirque étant venu à Kiakhta et des Mongols ayant vu un animal à deux queues, la curiosité du Khoutoukhta s'était enflammée. Il lui faut l'animal ; on rattrape l'impresario à Irkoutsk ; il demande 8 000 roubles ; les émissaires du "Dieu" n'ont pas cette somme ; ils reviennent à Ourga. "Achetez le prodige à quelque prix que ce soit"! Mais le cirque rentrait en Europe et il ne fut rejoint qu'à Nijné-Oudinsk , à plus de 1 000 kilomètres d'Ourga. Le prix avait augmenté et le Ciel seul sait combien les Mongols paieront cette nouvelle fantaisie de leur pontife! J'ai insisté sur cette figure originale du "Dieu vivant" parce qu'elle a beaucoup de chances de disparaître dans un avenir prochain. Il y a chez les Mongols, en effet, une légende qui veut que le "Bogdo" actuel soit le dernier de la race thibétaine ou mongole : après lui, Tchebtzoun-Damba se réincarnera dans un homme blanc, dans le "Tsar blanc". Que ce soit là un bruit habilement répandu par les Russes avec l'aide de leurs cosaques ou de leurs marchands, ou que ce ne soit qu'un vague pressentiment populaire, il est certain que le chemin de l'annexion est singulièrement aplani, et la Mongolie tombera comme un fruit mûr dans la main du gouvernement russe, le jour où celui-ci jugera le moment propice. » Viennent ensuite deux descriptions d'Ourga, entrecoupées d'un historique de la ville. On peut se demander si Le Tour du monde n'a pas compilé tant bien que mal des notes un peu disparates de l'auteur. Quoiqu'il en soit, la complexité du texte nous amène à y introduire des sous-titres qui ne figurent pas dans l'original.
Le consulat russe
28-31 août. Nous sommes les hôtes de M. Chichmarev, consul général, le représentant inamovible - ce me semble - de la Russie en Mongolie. Ce charmant homme est ici depuis des années et a franchi à Ourga tous les échelons de la carrière consulaire, pour son malheur peut-être, mais sûrement au grand avantage de son pays et de ses compatriotes. Il est si bien the right man in the right place [l'homme adéquat à la place adéquate] qu'il n'a jamais été question de le déplacer. Il parle le mongol couramment, connaît à fond l'histoire du pays, est versé dans les écritures lamaïstes et se promène dans ses appartements portant au poignet un rosaire bouddhique, qu'il égrène machinalement, sans doute pour se rafraîchir, par la chaleur qu'il fait, l'extrémité des doigts. Son cabinet est rempli de moulages d'inscriptions lamaïstes, et de grands rouleaux du papier spécial qui sert à ce genre de travail encombrent la table et dissimulent les bibelots rares que M. Chichmarev a peu à peu acquis pendant son long séjour à Ourga. Le consulat russe est construit sur une petite éminence, à environ deux verstes à l'est d'Ourga. Sa construction remonte à près de quarante ans, le traité de Pékin (2 novembre 1860) ayant prévu pour le gouvernement russe "le droit d'avoir à Ourga un consul, accompagné de quelques personnes, et d'y construire à ses frais une habitation pour ce fonctionnaire...". Et les constructions actuelles
ont succédé aux bâtiments élevés il
y a une centaine d'années, presque sur le même emplacement,
par l'ordre des ambanes d'Ourga et avec l'autorisation de Pékin,
pour servir de logements aux envoyés russes qui, déjà
à cette époque, commençaient à établir
des liens diplomatiques entre la Chine et la Russie.
Du perron du consulat, on jouit d'une belle vue sur la vallée de la Tola et sur la montagne boisée qui fait une tache sombre au milieu de la région, "la Montagne Sacrée", le Bogdo-Oula - sur laquelle il est interdit de chasser, de couper les arbres et d'habiter, et que les Mongols visitent périodiquement en pèlerinage. Les gens des aïmaks des Touchetou et des Tsetsen croient que Djenguiz-Khan naquit sur cette montagne et l'appellent quelquefois Khan-Oula, "la Montagne du Khan" . En réalité, ce n'est qu'un ancien cratère, haut de 1 000 mètres, auquel les coulées de terre ont laissé ce sommet plat et long, si caractéristique des terrains volcaniques épargnés par l'érosion. Mais si la situation est belle, l'eau manque ; pas de puits à creuser dans ces laves résistantes, pas de nappes liquides que l'on puisse atteindre, et les misérables essais de plantations que l'on a tentés à grands frais n'ont pas réussi. Le consulat s'élève au milieu d'un terrain aride et nu, et M. Chichmarev se plaint des tourbillons de poussière dont il est la victime pendant la saison sèche. Le consulat est installé dans une série de bâtiments, enclos de barrières de bois. Au centre s'élève le consulat proprement dit, grande maison de bois rechampie de plâtre et badigeonnée de blanc, trahissant sa nationalité par un toit de tôle vert pomme ; sur la droite, se dresse la modeste coupole qui recouvre une petite chapelle orthodoxe. Deux bâtiments plus petits, à angle droit avec le bâtiment principal et séparés de lui, bordent de deux côtés l'espèce de cour d'honneur à laquelle donne accès un portail de rondins, surmonté d'un drapeau de fer blanc aux couleurs russes. De ces deux corps de logis annexés, l'un est réservé aux scribes du consulat, au drogman et au desservant de la chapelle, lorsqu'il y en a un, l'autre à l'agent des postes et à sa famille [...]. Les bureaux sont au rez-de-chaussée du bâtiment principal, et tout le premier étage est occupé par les appartements particuliers du consul. En arrière se trouvent des hangars, des magasins, des écuries et des dépendances pour les domestiques et pour les cosaques, commandés par un sous-officier, qui forment la garde d'honneur du consul.
Le quartier des troupes chinoises
Entre l'agglomération hétéroclite qu'est Ourga et le consulat, dans un bas-fond et pleinement visible des fenêtres du bâtiment personnifiant la puissance russe, se dresse le quartier des troupes chinoises, à peu près battant neuf, puisqu'il a été reconstruit en 1883. C'est une grande enceinte quadrangulaire, que délimite une sorte d'estacade, composée de deux rangées de longs et solides madriers non équarris, enfoncés dans le sol, avec, entre elles, une épaisseur de 1m50 de terre battue. Ce rempart primitif est couronné d'embrasures en formes de créneaux, garnis de faux canons, en bois peint, et derrière lui s'abritent les baraquements de la garnison mandchoue, qui comprendrait deux ou trois cents hommes au rôle purement décoratif.
Fondation et histoire de la ville
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