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A propos de ...Littérature - Contes et légendesAnda 33-34 - Avril-Juillet 1999 Vieux-Tanné-TêtuConte populaire traduit du mongol par M.-D. Even et B. Tuyaatsetseg
Une version de ce conte mongol bien connu nous a été envoyée à l'intention des lecteurs d'Anda, par Monsieur DAVAASÜREN, d'Oulan-Bator. Cette bataille qui oppose un vieillard sagace à un roi (dans d'autres versions, le roi est identifié à Khan Khormousta, la divinité suprême) rappelle en fait les légendes de combats de chamanes : monture qui vole, esprits auxiliaires zoomorphes (oiseau, corneille, loup, dragon), esprits "démons", capacités magiques, etc. Vieux-Tanné-Têtu apparaît alors comme une figure de chamane rusé dont les puissants en place ne peuvent venir à bout.
Il était une fois un vieillard qu'on appelait Vieux-Tanné-Têtu, qui avait dix mille moutons bruns. Vieux-Tanné-Têtu avait aussi deux chevaux gris, l'un qui volait, l'autre qui ne volait pas, et un oiseau. Toute sa vie, Vieux-Tanné-Têtu avait souhaité que lui naisse un agneau noir, tout comme au roi, que lui naisse un agneau brun, tout comme au khoutouktou . Un jour, alors qu'une de ses brebis avait enfin donné naissance à un agneau noir, les deux corneilles noires du roi arrivèrent, crevèrent les deux yeux de l'agneau, puis s'envolèrent. Vieux-Tanné-Têtu partit à la poursuite des corneilles noires avec le cheval gris qui volait et, les ayant rattrapés, leur creva aussi les yeux. A son retour, il dit à son oiseau : - Va chez le roi écouter les conversations et reviens me les raconter ! L'oiseau vola jusqu'à la yourte du roi et, s'étant posé sur la couronne du toit , il entendit le roi déclarer qu'il ferait manger le cheval gris qui volait de Vieux-Tanné-Têtu par deux loups. L'oiseau rapporta ces paroles au vieillard. Celui-ci attacha le cheval gris qui volait à la porte, et le cheval gris qui ne volait pas derrière la yourte. Les deux loups du roi arrivèrent et mangèrent le cheval gris qui ne volait pas. Alors le vieillard poursuivit les deux loups avec le cheval gris qui volait et les tua en leur tranchant la gueule. Rentré chez lui, il envoya son même oiseau chez le roi. Comme la première fois, l'oiseau se posa sur la couronne du toit et, prêtant l'oreille, il entendit le roi dire qu'il ferait empoisonner Vieux-Tanné-Têtu par ses démons. L'oiseau alla le répéter au vieillard. Ce dernier se mit à faire bouillir le crottin du cheval gris qui ne volait pas. A ce moment-là, les deux démons arrivèrent et, faisant un trou dans sa petite yourte, ils l'épièrent. Vieux-Tanné-Têtu lança alors du crottin brûlant vers eux, et les deux démons périrent brûlés. Quand à nouveau le vieillard envoya son oiseau chez le roi, l'oiseau
entendit celui-ci raconter qu'il ferait foudroyer Vieux-Tanné-Têtu
par ses deux dragons. L'oiseau rapporta ces paroles au vieillard. A cette nouvelle, Vieux-Tanné-Têtu emmena ses moutons sur la Colline-brune-du-rendez-vous, puis rentra chez lui. Les deux dragons foudroyèrent la Colline-brune-du-rendez-vous tant et si bien qu'il n'en resta que des charbons, et s'en retournèrent. Vieux-Tanné-Têtu les pourchassa alors avec le cheval gris qui volait, leur coupa net la queue et les laissa repartir. De retour chez le roi, les dragons déclarèrent : "Il nous a coupé net la queue. Comment vivre sans notre queue ?". Le roi, se demandant ce qu'il allait bien pouvoir faire à présent, se rendit en personne chez Vieux-Tanné-Têtu. - Pourquoi as-tu crevé les yeux de mes deux corneilles ? demanda-t-il. - Toute ma vie j'ai souhaité voir naître un agneau noir, tout comme en a le roi, et un agneau brun, tout comme en a le khoutouktou. Mais quand un agneau noir est né, deux corneilles sont venues qui lui ont crevé les yeux. Alors je leur ai aussi crevé les yeux, expliqua le vieillard. - Tu as eu raison. Mais pourquoi as-tu tranché la gueule aux deux loups ? - Ne leur aviez-vous pas dit de manger le cheval gris qui vole, et non cheval gris qui ne vole pas ? - Dans ce cas, tu pouvais leur trancher la gueule. Mais pourquoi donc as-tu tué mes deux démons ? - En envoyant les deux démons, leur aviez-vous dit de trouer ma yourte ? Ou bien leur aviez-vous dit d'en finir avec moi ? - C'est bon, tu as eu raison de tuer les deux démons. Mais alors pourquoi avoir cassé net la queue des deux dragons ? demanda encore le roi. - Leur aviez-vous dit de foudroyer la Colline-brune-du-rendez-vous ? Ou bien de foudroyer Vieux-Tanné-Têtu ? -- Tu as eu raison de casser net leur queue, répondit le roi, et par peur du vieillard, il partit très loin sans même repasser par chez lui. C'est ainsi que, grâce à ses paroles et à son intelligence, Vieux-Tanné-Têtu effraya le roi et vécut heureux. |