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A propos de...PolitiqueEntretien avec S. DZORIG
Sept ans après l'entrée sur la scène politique mongole du mouvement démocratique de 1990, l'un de ses premiers animateurs, Sandjaasürenghiin DZORIG, est actuellement président de la Commission permanente des Structures étatiques auprès du Grand Khural national élu en 1996. Cette commission s'occupe des relations extérieures, de la défense, de la sécurité, de l'information, des cultes et de la fonction publique. De passage à Paris en février dernier, il a bien voulu répondre aux questions d'ANDA.
ANDA : Le nouveau pouvoir issu des élections législatives de juin 1996 est constitué par une coalition groupant à la fois des socio-démocrates et des libéraux. La coexistence de tendances politiques si différentes au sein du gouvernement n'est-elle pas un obstacle à son action ? S. DZORIG : Alors que nous sommes à une époque de transi-tion, les oppositions classiques n'ont guère lieu d'être. Les buts de l'action gouvernementale sont clairs et bien définis. Il s'agit d'opérer le redressement économique de la Mongolie. Quelles que soient leurs tendances, les partis au pouvoir collaborent à cet objectif. Au stade où en sont les choses, les différences ne se manifestent donc pas. Mais il est naturel qu'au fur et à mesure que la situation économique du pays s'améliorera, nos différences inhérentes trouveront à s'exprimer. Pour l'heure, tous les partis partagent en gros les mêmes buts. Le seul point de friction est la question de la terre, de la privatisation du sol. Bien sûr, on s'accroche aussi sur des points de détail, par exemple savoir qui sera nommé à la tête de telle ou telle structure. Mais sur le fond, nous ne nous opposons pas. ANDA : En quoi la politique du nouveau pouvoir se distingue-t-elle de celle du gouvernement précédent de M. Djasraï ? Est-elle très différente ? S. Dzorig : Le gouvernement Djasraï n'avait pas une politique nettement définie, le premier ministre n'arrivant pas à s'imposer à ses différents ministres. De ce fait, la politique fluctuait, les choses traînaient en longueur, ce qui avait des conséquences néfastes sur l'économie du pays. Par exemple, on a pris du retard en ce qui concerne la libération des prix, les privatisations, la réforme du système bancaire. Il reste du coup un gros travail à faire pour régler toutes ces questions. Le précédent gouvernement a trop tergiversé, et c'est la raison pour laquelle il a été désavoué. Si les mesures nécessaires avaient été adoptées
en temps voulu, si, à l'époque, le gouvernement avait pris
des dispositions, certes pénibles pour la population, comme l'augmentation
des prix du chauffage, de l'énergie, etc., nous n'en serions pas
là, le secteur énergétique serait sorti de la crise,
alors qu'il est criblé de dettes et obligé d'emprunter à
l'Etat. Par ailleurs, les gens sont devenus plus exigeants. Les prix augmentent,
et les gens disent : "Si vous augmentez les prix des loyers et des
charges, il faut que les services soient à la hauteur des prix
: pas de coupures, sinon nous ne paierons pas !". Les entreprises
sont désormais mises devant leurs responsabilités. Nous
devons instituer une gestion saine. Il faut libérer les prix, sinon,
dans dix ans le pays sera complètement en faillite. D'autre part,
si nous continuons à emprunter à l'étranger, nous
ne parviendrons jamais à nous suffire à nous-mêmes.
ANDA : Mais ces augmentations de prix ne sont-elles pas trop lourdes à supporter pour la population ? S. Dzorig : Certes, le niveau de vie des gens se dégrade, mais on n'a pas le choix. Traîner ne fait qu'empirer les choses. Il faut agir. Et même, en ce qui me concerne, quoique les choses aillent plus vite en comparaison avec l'ancien gouvernement, je trouve qu'elles vont encore beaucoup trop lentement. J'ai beau être membre de la coalition, je la critique sur ce point. Pour améliorer le niveau de vie de la population, il faut encourager les initiatives qui visent à l'auto-suffisance. C'est elle qui mènera à l'indépendance économique. Donnons aux gens des terrains, louons-leur des lopins de terre. Qu'ils y construisent des maisons, qu'ils y plantent des légumes, qu'ils y établissent des fabriques ! Offrons-leur ces possibilités. Ils pourront ainsi subvenir à leurs besoins les plus vitaux. Bien sûr, tout ne sera pas réglé pour autant. Il faut également promouvoir une politique de création d'emplois. Pour ce faire, il est nécessaire d'attirer des investissements étrangers. Nous y travaillons activement. Nous envoyons à l'étranger des membres du gouvernement ou du parlement pour faire connaître les possibilités d'investissement en Mongolie et les avantages qui existent. C'est en développant les emplois que le niveau de vie augmentera. ANDA : Mais en attendant, la vie quotidienne est dure pour une grande partie de la population. Que préconisez-vous ? S. Dzorig : Tout d'abord, nous poursuivons, en collaboration avec les organismes internationaux, le plan pour combattre la pauvreté déjà mis en uvre : il autorise, entre autres, les prêts à taux privilégié aux créateurs d'entreprises. Enfin, les dépenses de l'Etat sont trop élevées. Nous proposons de réduire les dépenses inutiles. Par exemple les dépenses militaires. Leur nécessité a diminué. Il faut prélever des sommes sur le budget de l'armée et les reverser sur les secteurs qui en ont le plus besoin. On peut aussi trouver de l'argent grâce aux privatisations. Bien sûr, cela ne peut tout résoudre, mais constitue des mesures provisoires durant la période de transition. Mais, je le redis, ce qu'il faut avant tout, c'est donner du travail aux gens. Alors seulement leur niveau de vie s'améliorera. ANDA : Vous parlez de donner des terrains : pensez-vous à la ville ou à la campagne ? S. Dzorig : Dans un premier temps, on pourrait décider de donner
des terrains en ville ou à leur périphérie pour y
créer des petites entreprises. Quant aux pâturages, il n'y
a pas vraiment lieu de les privatiser. Il existe un usage coutumier. A
la campagne, les familles connaissent toutes les camps d'hiver et de printemps
des unes et des autres. Les choses sont fixées depuis les temps
anciens. La privatisation n'y changerait pas grand'chose. Toutefois, on
pourrait peut-être privatiser les camps d'hiver, et définir
plus précisément les pâturages des uns et des autres. ANDA : La commission permanente que vous présidez au Grand Khural s'occupe aussi des affaires religieuses. Or, la liberté de culte a changé le paysage religieux mongol. On peut noter en particulier la pénétration de nouvelles organisations religieuses étrangères. Quel est votre sentiment à ce sujet ? S. Dzorig : Nous avons l'intention de procéder à des vérifications dans ce domaine à la fin de cette session parlementaire. Notre politique est de ne pas autoriser de secte présentant un danger quelconque. Le problème est à l'étude. Les Mongols sont traditionnellement bouddhistes. Les nouvelles religions recrutent surtout des jeunes. Il faut vérifier si les moyens qu'elles utilisent pour les recruter sont acceptables. Nous n'avons pas de chiffres précis sur le nombre de convertis, mais c'est un phénomène urbain, peu développé à la campagne. ANDA : Vous dites que les besoins militaires de la Mongolie ont diminué. Elle est cependant située entre deux grands voisins qui peuvent se montrer inquiétants. Quelle est la politique du nouveau gouvernement à cet égard ? S. Dzorig : Actuellement, la Mongolie n'a pas les moyens d'entretenir une grande armée. Nous voulons plutôt consolider nos frontières, en y améliorant l'entraînement des troupes, leur approvisionnement, les moyens techniques. A une armée nombreuse et peu qualifiée, nous préférons une petite armée de spécialistes, volontaires, qui effectuerait chaque année des périodes d'entraînement. La sélection et l'entraînement de deux ou trois mille hommes qualifiés pourraient se faire dans le cadre de la défense civile, et aussi de la lutte contre les catastrophes climatiques ou les incendies de forêt. Dans ce but, nous avons constitué au Grand Khural une commission spéciale chargée de la modernisation de l'armée. Quant à nos relations avec nos deux grands voisins, nous poursuivons la politique définie depuis mainte-nant plusieurs années : maintenir des relations de bon voisinage, équilibrées et stables. Nous avons signé des accords bilatéraux et discutons ensemble régulièrement des questions importantes. Récemment, le ministre des Affaires étrangères de Russie est venu, et notre ministre de la Défense est actuellement en Russie. Un représentant de la Chine vient chaque année en Mongolie, et notre ministre des Relations extérieures est revenu il y a quelques jours d'une visite en Chine. Sur le plan économique, la Russie reste notre principal partenaire commercial. Nous échangeons des produits de première nécessité, et nous voulons renforcer cette coopération. Beaucoup sont ceux en Mongolie qui s'intéressent à la France et, au cours des dernières années, de plus en plus de Mongols se sont mis à apprendre le français. Français et Mongols ont derrière eux deux grandes civlisations, la vôtre sédentaire, la nôtre nomade. En venant à Paris, on peut voir combien vous avez su préserver votre culture. Par ailleurs, la place de la France dans le monde est importante. Si les relations entre nos deux pays ont été naguère plutôt réduites, elles entrent à présent dans une ère nouvelle, tant sur le plan commercial que sur le plan diplomatique. La présence d'une ambassade de France en Mongolie sera une étape essentielle de leur développement. (Paris, février 1997 - propos recueillis par M.D.E.) |