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A propos de ....Langues et écrituresRéintroduction de l'écriture mongole : épilogue ?Stéphane Grivelet La situation de l'écriture ou plutôt des écritures en Mongolie a connu ces dernières années des bouleversements dus à la réintroduction de l'écriture mongole. Une réforme entamée en 1990 visait à faire de cette écriture l'écriture officielle de la Mongolie (cf. ANDA, n° 13 et n° 15). L'échec de cette réforme a créé en Mongolie une situation de digraphie concurrente avec la coexistence de l'écriture cyrillique et de l'écriture mongole, sans oublier une place de plus en plus importante accordée à l'écriture latine. Trois ans après la décision parlementaire de juillet 1994 qui confirmait l'écriture cyrillique dans son rôle d'écriture officielle de la Mongolie, la digraphie en Mongolie semble donc avoir atteint une nouvelle phase d'évolution. Nous nous proposons ici de présenter brièvement la situation actuelle de la Mongolie. La résolution 66 de juillet 1994 a été suivie en 1995 par deux autres décisions qui confirmèrent la nouvelle politique linguistique. Des résolutions parlementaire (n° 43) et gouver-nementale (n° 223) ont mis en place un programme pour l'écriture mongole, présentant des mesures destinées à promouvoir l'utilisation de cette écriture dans la presse et l'édition, ainsi qu'appelant à son enseignement à l'école en tant que matière spécifique. Le dernier point de la résolution gouvernementale spécifiait que ces décisions remplaçaient l'ensemble des résolutions prises dans la période allant de 1990 à 1994. Ce point est le plus important puisqu'il confirme l'abandon de la politique visant à l'adoption de l'écriture mongole comme écriture officielle. Cette nouvelle orientation s'est traduite rapidement par une évolution de la place de l'écriture mongole dans la vie quotidienne. Ainsi on pourra remarquer que les rares titres de presse publiés en écriture mongole (notamment Kümün bicig, "Ecriture humaine") n'étaient plus disponibles sur les stands de presse de la capitale mongole. De même la présence de doubles titres pour les journaux (l'un en écriture cyrillique, l'autre en écriture mongole), autrefois très fréquente, n'était plus conservée que par quelques organes de presse (Il tovtchoo, par exemple), la plupart n'ayant désormais qu'un titre en cyrillique. De même la présence de l'écriture mongole dans d'autres
types d'utilisation au sein des journaux, déjà faible dans
la période 1993-1994, s'est encore réduite, notamment dans
les publicités, alors que l'écriture latine (pour la notation
de mots étrangers, essentiellement des noms d'entreprises, ou même
pour la notation de phrases complètes, en anglais), devient plus
importante dans le domaine de la publicité. De nouveaux livres scolaires ont été publiés en vue de l'enseignement de l'écriture mongole à partir de la troisième classe, et sont fondés sur des explications en cyrillique, comme peut le montrer l'exemple du livre "Ecriture mongole", destiné à la troisième classe (D. Battogtokh, C. Natsagdordj, Mongol bitchig, Ulaanbaatar, 1996). La place de l'écriture mongole dans l'environnement scriptural semble aujourd'hui se limiter à sa principale phase d'extension du début des années 1990. On pourra ainsi continuer à rencontrer des signes en écriture mongole datant de quelques années et commémorant par exemple le 750ème anniversaire de la rédaction de l'Histoire secrète des mongols, ou souhaitant la bienvenue dans la capitale mongole. Ces sigles permanents n'ont toutefois pas d'utilité autre que symbolique. En revanche les inscriptions à but informatif vont être rédigées en écriture cyrillique. On le constatera notamment dans les nouvelles plaques de bâtiments qui seront soit en cyrillique si elles sont unilingues, soit, dans le cas des plaques bilingues, en cyrillique et anglais. De même, les inscriptions du mobilier urbain récent seront en écriture cyrillique. On pourra le constater dans les nouvelles plaques de noms de rue, et surtout dans l'ensemble de l'affichage réalisé à but commercial par des magasins privés. De même les annonces de spectacle seront faites en écriture cyrillique. Dans cette nouvelle évolution de la digraphie mongole, la situation semble s'être pour l'instant stabilisée, avec une écriture cyrillique confirmée dans sa place d'écriture quotidienne et usuelle et l'écriture mongole retrouvant d'une certaine façon la place qui a déjà été la sienne à la fin des années 1980 : une écriture apprise à l'école, qui garde ses partisans mais qui, en dehors d'une utilisation symbolique et ornementale, n'a guère de place dans la vie de tous les jours en Mongolie. Toutefois l'avenir reste ouvert et cette nouvelle évolution n'est probablement pas l'épilogue d'une longue et mouvementée histoire de l'écriture en Mongolie.
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